Ma déclaration

Ma déclaration

Toute ressemblance avec des personnes réelles n’est en aucun cas purement fortuit, ni même les similitudes entre prénoms, qui ont été changés pour des raisons qui ne paraissent pas si évidentes. Armés d’un minimum de discernement, vous ferez aisément le lien entre les personnages des récits et mes véritables amies intervenant régulièrement sur les articles culinaires du blog. 

 

Nous dinions entre amies dimanche soir dernier, dans une chaîne italienne du 9e devenue bien trop branchouille, mais à laquelle on ne peut tout de même jamais résister, malgré l’inévitable heure de file d’attente, lorsque nous nous sommes rendues à l’évidence: certaines d’entre nous, sommes bien plus que différentes, à la limite même de l’asociabilité totalement incompatible. Pourtant, ce qui nous réuni, c’est la nourriture, et particulièrement la vraie, la bonne bouffe. 

Mes copines sont devenues essentielles à l’enchantement du quotidien, et je peux spéculer sur la réciprocité de ce fait. Nous nous manquons ne serais-ce qu’au bout de 48h, et n’omettons pas de l’admettre, lors d’une déclaration un peu éméchée après un verre ou deux de Chablis. Véritables ingrédients à l’ivresse de nos vies, je m’aventure ici à les présenter en les assimilant à mes plats favoris et lieux récurrents de nos escapades gourmandes. Préférant anticiper la moindre ombre de jalousie se profiler, je précise par avance que l’ordre d’énonciation est purement due au hasard. 

 

Eva, force calme qui cache sans nul doute un tempérament aussi flamboyant que le mien, est mon binôme. La brune et la blonde, les demoiselles de Rochefort, Blair et Serena, Sherlock et le FBI, notre duo est souvent comparé à ces petits clichés qui ne font que flatter notre amitié, solide, telle une ancienne recette familiale. Au-delà de ces contours frugalement superficiels sur lesquels nous nous plaisons à jouer, existe un lien fiable et rassurant entre nous. Elle a su décrypter avec patience la mystérieuse femme que je représente, et pour ça, je lui suis reconnaissante, et me sens sécurisée en sa compagnie. En cuisine Eva serait ma botte secrète, ces aliments qui font la différence, et sans qui la plupart des plats seraient quelconques, sans grand intérêt. La coriandre fraiche, la basilic, la sauge, le thym libanais, l’ail rose, l’excellence des légumes du primeur La Roseraie rue de Grenelle.  Ils rendent la cuisine vivante, riche en couleur et en goût. Quelle ennui de se priver d’épices ou d’aromates, je ne pourrais plus savourer ne serait-ce qu’un simple curry vert thaïlandais, ou les linguine alle vongole, mes plats favoris. Il existe des routines dans la vie, et des recettes, dont on ne se lasse jamais, dont je ne pourrais me passer, même si l’on en sur-consomme. Eva, indispensable à l’équilibre,  fait partie de ceux-ci. 

Alienor, une amitié différente, mais tout aussi exquise. Nous partageons énormément, confidences, repas gargantuesques, moments désopilants, et encore davantage de confidences. Je la comprends, du moins je fais de mon mieux. Un jour elle a comparé notre relation à celle d’une marraine fée et de sa princesse, ça nous résume assez justement je trouve, même si parfois elle oublie que les rôles s’inversent. Nous adorons l’imprévu, vivre des instants dignes d’un roman de Fitzgerald. Parfois je l’attends sur le pallier, surexcitée au bruits de ses pas dans l’escalier, lorsque nous avons des potins à échanger. J’ai légèrement hésité en me demandant à quel élément culinaire l’associer. Alienor est tant habitée d’humour que j’ai automatiquement songé au fromage. En lisant ces lignes, je la visualise déjà me dire « c’est parce que je pue, c’est ça? ».
La vie sans fromage et sans dérision serait si fade, je n’ose l’imaginer. Rayonnante, aussi gourmande que je le suis, elle réuni: la burrata, le pecorino poivré, le comté de noël, le gorgonzola, la tomme de brebis basque accompagné de confiture de cerise noire, le brocciu corse, la raclette, et j’en passe tellement. Ce fromage qui fait la différence sur une marguerita, chez Maria Luisa par exemple, grâce au détail du parmesan qui vient intensifier la saveur de la fior di latte sur la pizza. Puis j’ai considéré que ce qui nous liait réside aussi dans l’ardeur qui nous anime, le pétillant qui enrichie notre impétuosité. Une bonne bouteille de champagne, ni plus ni moins, celle qui émoustille nos désirs sans alourdir, qui procure des émotions grisantes. Alienor incarne parfaitement l’apéro, un brin snob, dont nous autres parisiennes sommes si friandes, admettons-le nous l’attendons impatiemment, dès le mercredi soir, ne serait-ce que pour un verre de côte du Rhône, quelques olives kalamata et du houmous, dont nous terminons le bol discrètement du bout de l’index. 

Carlotta, est l’amie bienveillante par excellence. Sensible, douce, pourtant elle est indéniablement franche et intègre. Sans hésitation je lui attribue le brunch. Ce repas, qui sait autant combler des envie de sucré que de salé, comme Carlotta possède l’aptitude de me réconforter, de me rendre confiante, et également de partager des délires foncièrement burlesques. Cette amie avec qui je me révèle plus naturelle et spontanée qu’avec quiconque, identifie la moindre étincelle fougueuse dans mon regard. Elle lit en moi comme dans un livre ouvert, je ne parviens déjà plus à l’enjôler. Pas nécessaire d’être un grand cuisinier afin d’élaborer un brunch succulent, juste de connaitre les bonnes adresses et ne pas rechigner à se faire plaisir. Généralement nous commençons par aller chercher le pain noir chez Mamiche sans pouvoir résister aux merveilleux cookies épais, fondants, avec cette touche subtile de fleur de sel au-dessus. Le beurre bordier demi-sel, des mûres et des framboises, le fromage frais St-Malo, des pépites de chocolat, la confiture gourmande de l’Epicurien, puis ensuite les oeufs mollets ou brouillés à la truffe d’été, les tartines alléchantes d’avocat si prisées. Tout comme le faste de ce petit-déjeuner tardif, Carlotta apaise les fringales émotionnelles de mon existence. Elle est entière. 

Ne l’ayant pas précisé jusqu’alors, il semble évident que chacune d’entre elles sont prête à braver épuisement, plannings surchargés, dead-lines, grèves (oui ça arrive), aussi bien pour partager un gouter que pour consoler de quelque mélancolie si la morosité s’empare de l’une d’entre nous. 

Je ne peux malheureusement pas rédiger d’aussi longues déclarations pour chacune de mes amies. Pourtant, il serait envisageable d’écrire des chapitres sur la personnalité et le caractère de certaines d’entre elles. 

Madeline, la copine qui est dans tous les bons plans, elle est exigeante, connaît les adresses dans lesquelles nous sommes certaines de ne pas être déçues, avant qu’elles ne deviennent trop branchées et par conséquent envahies. je peux la suivre les yeux fermés, ce qui est remarquablement rare. En sa compagnie, chaque seconde devient surprenante, chaque soirée fantasque, toute conversation inouïe, voire inconcevable. Pour la phobique de l’ennui que je suis, Madeline se révèle être irremplaçable. Irremplaçable comme l’assiette irrésistible de saumon frais bio, au-dessus duquel on salive par avance en pressant un demi citron, aussi déroutante et surprenament harmonieuse que le tarama à la truffe au Sauvignon. Madeline se retrouve dans ces produits, bruts, excellents sans avoir subits trop de transformation, néanmoins il est nécessaire d’être vigilant sur une consommation excessive pour la santé. A consommer avec modération.

Pénélope, par exemple aussi passionnée et endiablée qu’une crème glacée onctueuse, la straticciella de chez Pozzetto, fidèle et jamais décevante, comme le sorbet aux fraises des bois chez Berthillon, suave et sensuelle, à l’image de la vanille chez Grom. Que ce soit un après-midi dans les ruelles ensoleillées, en terrasse sur l’île Saint-Louis, ou commandée à la dernière minute sur le canapé, c’est un plaisir inégalé. La glace et moi ne nous voyons pas autant que nous le souhaiterions, mais en aucun cas je ne pourrais m’en passer. 

Esther, la nana insaisissable, présente lorsqu’il le faut vraiment, dans les moments très durs, ou particulièrement heureux, seulement, nous savons au fond que nous pouvons compter sur elle,
et inversement, même si elle ne l’admettra jamais. La comparaison culinaire que je m’apprête à faire avec
Esther en surprendra plus d’un. Elle me fait penser aux sushis. Pourquoi? Me demanderez-vous. Nous parlons souvent de ces petits encas nipons avec des phrases type « je me ferais bien des sushis ce soir ». Et pourtant, on ne le fait pas, n’avez-vous pas remarqué? Nous en consommons que de plus en plus rarement. Cependant l’inclination pour cuisine japonaise est constamment présente et ne nous quitte pas. Même si on lui fait des infidélités récurrentes à coups de Udon chez Kunitoraya ou de Ramen et de Gua Bao chez Ito, au fond, nous aimons toujours le sushi.

 

Lafilleauxyeuxverts

 

La Roseraie de Grenelle: 72 Rue de Grenelle, 75007 Paris

Lao Siam – pour le curry vert: 49 Rue de Belleville, 75019 Paris

Tentazioni – pour les linguine, et notamment les mafaldine à la truffe, généreuse: 86 bis rue Lepic, 75018

Luisa Maria – Marguarita avec parmegiano:  2 Rue Marie et Louise, 75010 Paris

Pink Mamma – orgie de burrata: 20bis Rue de Douai, 75009 Paris

Mamiche – le pain noir et les cookies succulents : 45 Rue Condorcet, 75009 Paris

Pozzetto: 39 Rue du Roi de Sicile, 75004 Paris

Grom: 81 rue de Seine, 75006; 16 rue vieille du temple, 75004; 19 rue Soufflot, 75005

 Sauvignon – pour le saumon bio et le tarama à la truffe: 80 Rue des Saints-Pères,        75007 Paris

Ito – Ramen et Gua Bao à tomber: 2 Rue Pierre Fontaine, 75009 Paris

Udon Bistro Kunitoraya – des ramen simplement parfaites: 1 rue Villedo 75001

 

 



Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *